Kaédi, ma source et mon souffle : Par Bakary Séta WAGUE
Kaédi,
ville aux reflets d’encens
et de poussière dorée,
mythique et mystique,
crainte dans le silence
des veillées,
adulée dans les chants
du fleuve.
Une colline, gardienne
immobile,
surplombe ses toits
d’argile,
comme une vieille
mémoire
posée là pour veiller les
songes.
Le fleuve, au sud et au
sud-est,
l’enlace, l’étreint, la
borde,
offrant ses eaux à ses
racines
et ses vents à ses
palabres.
Kaédi s’étire, se ramifie,
comme un grand arbre
d’hospitalité,
chaque branche une famille,
chaque feuille une
histoire.
Elle s’ouvre à ceux qui
passent,
mais ne quitte jamais
ceux qui partent.
Car Kaédi n’est pas
qu’un lieu, elle est une âme.
Bakary Séta WAGUE
Les matins de Kaédi : Par Bakry Séta WAGUE
Les matins de Kaédi ne se
lèvent pas,
ils s’étirent lentement,
comme une prière
murmurée
avant l’appel du muezzin.
Le vent, encore frais,
caresse les toits plats,
les femmes balayent la
cour,
le kinkéliba et les bouillis frémissent sur
les braises, et les coqs ponctuent
l’éveil.
Le fleuve, discret,
s’éveille lui aussi,
miroir tremblant des
premières lueurs.
Il ne parle pas encore,
il écoute.
Les enfants, les yeux encore alourdis de rêves,
cherchent leur cartable ou
un morceau de pain.
Les hommes saluent d’un
Signe, puis disparaissent
dans la lumière
montante, aux champs !
Kaédi à l’aube est un poème
sans rature,
chaque souffle y est un
vers,
chaque geste, un hommage
à l’humble beauté d’un matin qui recommence.
Le fleuve, témoin des âmes
Il ne dit rien,
le fleuve.
Il glisse entre les rives
comme un vieil oracle,
chargé des confidences
qu’on lui verse depuis des
siècles.
À Kaédi, il est plus qu’un
cours d’eau, il est veine, repère et repaire.
Il a vu naitre les enfants
et porter des morts vers
d’autres rives.
Il a écouté des rires des
pêcheurs, les chants des femmes
sur ses rives, agenouillées
les seins nus,
les soupirs des amoureux
et les silences des
solitaires.
Il a tout vu.
Ses instants volés au réel,
Ses airs d’un autre monde.
Un temps suspendu où les coopérants
Glissaient sur l’eau,
Ski nautique aux reflets d’Occident,
Traçant des sillons éphémères sur
Son miroir tranquille.
Les badauds s’y pressaient,
Enfants et anciens, fascinés
Par ces oiseaux qui dansaient
Sans ailes, riant entre deux mondes.
Il gardait en lui
Ses souvenirs d’évasion,
Le majestueux et légendaire
Bouh El Mogdad glissait
Sur ses eaux comme un poème
En mouvement, réveillant ses méandres,
réveillant les villages endormis,
Animant les berges au rythme des escales.
Les mariages célébrés sous
les acacias,
les disputes de voisinage,
les départs sans retour.
Le fleuve ne juge pas,
il se souvient.
Il garde les reflets du ciel
et les traces du passage
des âmes.
Et parfois, quand le vent se
lève doucement,
il parle.
À ceux qui savent encore
Ecouter
le langage ancien de l’eau.
Bakary Séta WAGUE
Les veillées à Kaédi : Par Bakary Séta WAGUE
Quand le soleil s’incline
derrière la colline,
et que le vent devient récit,
Kaédi entre en veillée.
Les cours s’emplissent de
voix basses,
les enfants s’entassent,
les yeux grands ouverts,
devant les anciens qui
détiennent le feu,
la parole et l’éternité.
À la lueur des lampes à
pétrole, les contes reprennent
souffle.
Y apparaissent les hyènes
rusées,
les reines d’autrefois, les
devins errants
et les ancêtres au regard
de flamme dont les noms résonnent
encore dans nos prières.
On parle, on rit, on corrige les souvenirs.
Car à Kaédi, la mémoire
n’est jamais figée
elle vit dans les bouches et
les silences partagés.
Le thé fume à trois reprises,
et chaque verre est un passage,
de la parole à l’écoute,
de l’intime à l’universel.
Les étoiles au-dessus
écoutent aussi.
Elles ont vu d’autres
veillées, d’autres enfants,
et savent que rien ne meurt,
tant que l’on se rassemble autour du feu.
Bakary Séta WAGUE
L’enfance à Kaédi : Par Bakary Séta WAGUE
L’enfance à Kaédi,
C’est courir pieds nus sur la terre chaude,
Le sable entre les orteils
Comme un secret qu’on emporte partout.
C’est le gout du lait caillé
Fraichement versé,
Le sucre que l’on vole en cachette,
Et les regards complices sous les hangars.
C’est apprendre à saluer
avant de parler,
à écouter les anciens avant de comprendre,
à rire sans raison parce que
le vent souffle ainsi.
Les matins sont pleins de promesses,
Les après-midi de jeux bruyants,
Et les soirs, au retour des cours de mémorisation du coran,
de poussières dorées qui
Collent à la peau comme des souvenirs
en formation.
On apprenait les noms des étoiles
Au rythme des chants que les garnd-mères fredonnaient,
Et l’on croyait que le monde entier
s’arrêtait à la colline, là-bas, où
le ciel venait se reposer.
L’enfance à Kaédi,
C’est une liberté sans mots,
Une maison sans murs,
Une patrie avant la conscience.
Et même longtemps après,
Dans les villes lointaines,
Les couloirs sans chaleur,
Elle revient, intacte,
Par le parfum d’un plat,
Par le son d’une langue, ou simplement,
Par un silence qui ressemble à là-bas.
Bakary Séta WAGUE
Le départ, l’exil, la nostalgie : Par Bakary Séta WAGUE
On ne quitte jamais
vraiment Kaédi.
On s’éloigne, peut-être, mais
la ville reste accrochée quelque part,
dans un pli du cœur que l’on n’ose jamais refermer.
Le départ n’a pas de fanfare ici.
Juste des regards qui
s’attardent, des mains qui
s’étreignent plus longtemps,
et une poussière fine qui
colle aux valises.
Les premiers jours ailleurs
sont pleins de bruits sans musique,
de visages sans mémoire, de rues sans repères.
Et puis viennent les souvenirs.
Pas comme des vaques, mais
comme des gouttes qui s’infiltrent doucement,
dans les gestes, les plats cuisinés à l’instinct,
les mots prononcés dans une
langue que personne
autour ne comprend.
Kaédi devient refuge intérieur,
terre invisible sur laquelle on
marche quand le sol manque sous nos pieds.
L’exil est un silence qui
porte le nom d’une ville.
Et dans ce silence,
chaque nostalgie est un retour,
furtif mais réel, comme un rêve
que l’on touche du bout des doigts.
Bakary Séta WAGUE
Retour à Kaédi : Par Bakary Séta WAGUE
J’ai foulé de nouveau le
sable chaud de Dimbé,
celui qui porte encore les
empreintes et la mémoire
de mes premiers pas.
Les ruelles n’ont pas changé,
seulement mes yeux.
Les visages m’accueillent
sans surprise, car Kaédi
ne t’oublie pas.
le vent avait encore
l’accent de l’enfance,
et les odeurs celles des plats d’antan.
Je reconnais la colline,
haute comme une vieille promesse tenue
et le fleuve…toujours là, toujours vaste
et majestueux, témoin silencieux de mes absences.
Revenir, ce n’est pas revenir en
arrière. C’était ramener
mes années à elle, comme
un fils les bras pleins de saisons,
revient saluer la terre
qui l’a vu naitre.
Bakary Séta WAGUE
La parole des anciens : Par Bakary Séta WAGUE
Ils ne parlent pas vite, ils ne
parlent pas haut,
mais chaque mot est un monde.
Leurs silences sont pleins de sens,
et leurs regards, pleins d’histoires.
Les anciens de Kaédi sont
des bibliothèques à ciel ouvert.
Assis sous les hangars ou sous
les arbres, ils racontent sans imposer,
enseignent sans corriger, et
bénissent sans bruit.
Ils nous apprennent le poids
du respect, l’art de la patience, et
cette science du cœur
que l’école ne donne pas.
La parole des anciens,
c’est le fleuve qui parle
dans le soir, c’est
le vent qui rappelle, doucement,
qu’avant nous, d’autres
ont aimé, bâti, souffert…
Et transmis.
Bakary Séta WAGUE
Kaédi en moi : Par Bakary Séta WAGUE
Elle est en moi
comme une langue première,
que j’ai apprise mais
que je n’ai jamais oubliée.
Kaédi est dans ma voix
quand je dis bonjour avec respect,
dans mes gestes
quand je tends la main
avant de parler.
Elle est dans mes rêves,
dans les silences où je m’abandonne,
dans les mots que je ne dis pas
mais que je ressens
jusqu’au bout du souffle.
J’ai quitté Kaédi, oui.
Mais elle, ne m’a jamais
quitté.
Elle est mon rythme intérieur,
ma musique intime,
mon point de départ et
ma direction.
Kaédi en moi, ce n’est pas
une nostalgie.
C’est une identité.
Bakary Séta WAGUE
Kaédi, berceau de mes silences : Par Bakary Séta WAGUE
Assis face à ma solitude,
Le regard figé sur le fleuve muet,
Je dialogue avec l’eau lente,
Comme on parle à une vieille âme.
Le vent emporte mes soupirs,
Et le soleil, déjà bas, caresse
Les souvenirs.
J’égrène l’épi de mes mémoires,
Espérant, à chaque grain,
Une moisson d’espoir.
Kaédi, douce et rugueuse à la fois,
Tu murmures à mon cœur l’écho d’hier :
Des rires, des visages, des rues
Poussiéreuses, et ces instants
Suspendus qui refont surface.
Dans mon esprit, plus que
Dans ma tête, les images
S’entrechoquent, comme
Des pas pressés dans un
Marché au matin, où chaque
Parfum ravive un pan
De mon histoire.
O ville aux rêves pleines de
Confidences, chaque pierre
Me parle, chaque ombre me
Connait.
Je suis cet enfant devenu
Homme, qui revient s’abreuver à
La source de ses élans.
Et si le temps sépare,
Il ne dissout jamais
L’attachement.
Car Kaédi, même en mon
Absence, tu résides en moi
Comme une promesse fidèle.
Bakary Séta WAGUE
Kaédi, ‘’Hakunde Gure’’, le souffle des eaux et des liens : Par Bakary Séta WAGUE
Plaine vivante, creux de la
Paume de Dimbe,
‘’Hakunde Gure’’, là où se
Croisent les souffles du
Gorgol, du Jeeri et les
Pleurs de la colline.
Ici, l’eau se faisait reine,
Gorgée de ciel, gonflée des
Pluies premières,
Elle débordait comme un
Cœur trop plein.
Le fleuve, majestueux mais
Lointain,
Avait cédé sa foule à cette
Rivière neuve :
‘’Fadeela Xaare’’, notre Eden
Saison
nnier.
Les femmes, drapées de
Couleurs, venaient y laver
Le linge, la vaisselle tintait
Entre les mains,
Et les enfants, en éclats de rire,
Y lancaient leurs premières
Brassées, guidés par le
Regard doux mais
Ferme des aînés.
À la ligne, les pêcheurs d’un
Jour, guettaient, la patience
Nouée au bout de leurs cannes,
Tandis que les eaux, en secret,
Charroyaient les déchets de
La ville, jusqu’à leur
Offrande finale, au creux de ‘’Wandama’’.
Puis les sécheresses vinrent,
Tenaces, réduisant le murmure
A un souvenir.
Et Africa 70 prit le relais,
Gravant des sillons de
Maraichage, entre
Gattaga, Toulde et Tantaji, semant
L’espérance entre béton et poussière.
Les femmes réinvestirent la
Terre, entre le jardin du
Commandant, la Somelec,
La SNDE, le port fluvial et
L’abattoir frigorifique.
Mais les eaux, mémoire
Ancienne, ne pardonnent
Pas l’oubli.
Les inondations récentes,
En grondant à Kaédi,
Ont murmuré ceci :
‘’On ne barre pas la route aux chemins de l’eau’’.
Bakary Séta WAGUE